Il était une fois, une petite sirène. Cette sirène nétait pas si différente dune jeune humaine, dans le sens où, comme toutes les jeunes filles de son âge, elle rêvait du grand amour.
Aussi, passait-elle de longues journées à imaginer à quoi il pouvait ressembler,
cette oisiveté favorisée par le peu dactivités quoffrait le bras de mer où elle vivait.
Un jour, un groupe damies vint la chercher afin de faire une incursion à la surface. Elle nhésita pas une seconde pour accepter. Cela serait sa première expédition dans le monde des humains ! Elle en était tout excitée. Il nétait en rien interdit aux sirènes de se rendre à la surface. Bien au contraire. Mais il y avait bien longtemps par ici que personne ny était allé. Même la surface ne présentait plus grand intérêt par ici ! Malgré tout, cest le cur battant quelle suivit le sillage de ses amies.
De tout temps, les sirènes sétaient rendues à proximité des côtes, pour attirer des humains isolés de leur chant. Ceux-ci racontaient - paraît-il - quelles faisaient cela pour les dévorer. Certes, il était bon de varier son alimentation avec un peu de viande de temps en temps, mais cela nétait pas la vraie raison. Comme je lai déjà dit, les sirènes nétaient pas si différentes de toutes les femmes. Comme elles, elles aimaient les belles choses. Tout particulièrement ces pierres que lon disait précieuses, dont on trouvait de toutes les couleurs, et qui brillaient de mille feux. Lorsquune sirène repérait un bateau susceptible de transporter telle marchandise, elle séduisait alors son équipage afin de provoquer son naufrage. Elle navait alors plus quà retrouver lépave au fond des mers, et de retrouver les trésors quil contenait. Bien sûr, il ny avait pas que des bijoux. Il y avait aussi tant de curiosités ! Les humains navaient pas leur pareil pour façonner des objets aussi merveilleux que dutilisation insoupçonnée.
Ainsi, notre groupe de sirènes était-il partit en quête de toutes ces choses incroyables.
Une fois arrivées à la surface, quelle ne fut pas leur déception ! Il ny avait en effet que quelques barques de pêcheurs ici et là. Et oui, ce quelles ne savaient pas, cest que le temps des grandes conquêtes et des explorateurs, transportant les trésors de mondes nouveaux était révolu depuis longtemps ! Les grands bateaux de commerce ne passaient plus guère par ici non plus. Il y avait bien des pêcheurs de perles, mais quel intérêt pour elles ? Les perles étaient si communes chez elles. Il leur suffisait presque de se pencher pour les ramasser.
Dépitées, elles rebroussèrent donc chemin. Toutes, sauf notre petite sirène. Jamais elle navait vu le monde des humains. Elle décida donc de rester quelques temps pour lobserver, fascinée. Son regard se posait partout, avide quelle était den apprendre le plus possible. Mais au bout de quelques temps, son attention, finie par se poser sur une barque isolée. A son bord se trouvait un jeune homme à lair mélancolique. Contrairement aux autres pêcheurs qui séchinaient à la tâche, hissant à la force de leurs bras de lourds filets, celui-ci restait assis dans sa barque, la tête posée dans la main, soupirant. Il lintrigua tout de suite.
Aussi se rapprocha t-elle de lui pour lobserver plus à son aise, tout en
restant soigneusement dissimulée à son regard. Ce quil était beau ! Les
critères de beauté nétaient guère différents entre humains et sirènes. Du
moins, pour tout ce qui se passait au dessus de la taille. Elle aurait été
incapable de dire si ses jambes étaient longues et élégantes, et quimporte !
Elle ne les voyait même pas de là où elle se trouvait.
Notre jeune homme était le fils dun riche pêcheur, qui avait fait fortune dans le commerce, en vendant son poisson dans les plus grand marchés. Son fils était en âge de reprendre le commerce. Seulement, il désirait que son fils fasse dabord ses preuves en tant que simple pêcheur. Il estimait quil ny avait que comme cela quil prendrait conscience de la vraie valeur du travail, et quil respecterait le dur labeur de ceux qui travailleraient pour lui. Cétait un homme avisé qui avait toujours porté de lamour à locéan et à son métier.
Son fils quant à lui, ne sintéressait quau commerce et aux chiffres. Il ne voyait pas lintérêt de ce petit jeu, et ne sy prêtait que de mauvaise grâce. Après quelques essais infructueux, il avait tout simplement renoncé à ramener la pêche miraculeuse que son père avait exigée de lui, et grâce à laquelle il estimerait son fils prêt à prendre sa succession.
Depuis, il passait ses journées dans sa barque, son filet soigneusement plié à ses côté, et ne bougeait pas de tout le jour. Pourtant, il lui tardait de reprendre le commerce familial ! Il avait des tas didées pour le faire prospérer. Des méthodes bien différentes de celles de son père, cet homme quil ne comprendrait jamais.
Aujourdhui encore, il était resté ainsi, sans rien faire, à broyer du noir. Quand il réalisa lheure quil était, il décida de rentrer au port.
Notre jeune sirène était restée à lobserver jusquà ce quelle voie la barque séloigner, essayant dimaginer pourquoi il agissait de la sorte. Une fois quil fut hors de vue, elle repartit vers les profondeurs de locéan par de puissants coups de queue, la tête pleine de pensées nouvelles. Dés lors, elle ne fit plus que de penser à son prince _ cest ainsi quelle aimait à lappeler. Parfois, elle retournait à la surface
pour lobserver encore. Il était toujours à la même place, avait toujours la
même expression sur le visage. Et cela lui paraissait si romantique ! Elle
imaginait divers scénarii pour expliquer ce curieux phénomène. La jeune fille ne
sennuyait plus, elle avait un nouveau passe-temps.
Mais au bout de quelques temps, elle commenca à être atteinte de langueur, et à devenir elle aussi mélancolique.
Elle simaginait tout dabord que le mal dont souffrait son prince devait être contagieux, et quelle lavait attrapé. Mais bientôt, elle dût se rendre à lévidence : elle était amoureuse ! Cette réalisation changea du tout au tout la façon dont elle pensait à son prince. Devait-elle essayer de le séduire ? Ce ne serait pas dur avec sa voix. Mais alors, il serait envouté, et il risquerait de se noyer. Non, elle ne voulait pas de ça. Il ne pouvait définitivement pas la rejoindre sous les eaux. Et elle ? Pouvait-elle le rejoindre sur la terre
ferme ? Pas sous sa forme de sirène en tout cas, elle serait bien trop
handicapée et vulnérable. Elle avait entendu une histoire quand elle était
enfant, dune jeune sirène qui aurait utilisé la magie pour obtenir des jambes.
Quétait-elle devenue ? Elle ne sen souvenait pas. Mais en tout cas, cela devait être possible. Quel effet cela pouvait-il faire davoir des jambes ? Et à quoi ressemblerait-elle avec ? Dur à imaginer. Cela lui donna une nouvelle
occupation : observer les crabes et autres langoustes pour étudier la
mystérieuse science de la marche. Certes, ils avaient plus de jambes quun
humain, mais cela ne devait pas être si différent.
Mais une question la tourmentait toujours. Que devait-elle faire en premier ? Aller voir son prince pour le séduire, et ensuite renoncer à sa queue, ou bien dabord obtenir des jambes, et ensuite aller le séduire ? Elle fini par décider quil était plus sage daller dabord trouver son prince. Certes, il risquait dêtre choqué par son aspect, mais le risque était moins grand que de se retrouver toute seule sur terre, sans espoir de retour à la mer, si jamais il ne voulait pas delle ou était déjà marié.
Elle prit alors son courage à deux mains, et se dirigea vers lendroit où elle savait quil tenait toujours sa barque. Heureusement, cet endroit était un peu en retrait des autres pêcheurs, comme sil ne souhaitait pas se mêler à eux. Ainsi, elle pourrait se montrer à lui sans risque.
Elle sapprocha sans bruit de sa barque, le cur battant à tout rompre, et lappela doucement.
_ Mon beau prince ?
Le jeune homme sursauta à cet appel, et fut encore plus surpris lorsquil vit une superbe jeune fille saggriper à sa barque, lair suppliant. Sa surprise redoubla en constatant quelle était nue.
_ Mon dieu, mais que faites-vous
là, vous allez vous noyer ! Sécria t- il en faisant mine de vouloir la hisser à
bord de son embarcation.
_ Aucun risque monseigneur, dit-elle en repoussant doucement sa main, je suis ce quon appel une sirène. Je vous prie de bien vouloir me croire !
Et pour illustrer son propos, elle fit surgir lextrémité de sa queue hors de leau, suffisemment longtemps pour quil la voit, et soit sûr quil ait bien vu. Il resta bouche bée devant ce spectacle.
_ Mon cher prince, si je prends le risque de me montrer à vous aujourdhui, ce nest pas sans raison. Depuis que je vous ai vu, je brûle damour pour vous. Cest la vérité ! Je ferais tout, je suis même prête à renoncer à ma queue par amour pour vous !
Il resta sans voix quelques instants, essayant de comprendre ce quelle venait de dire, et pourquoi elle sobstinait à lappeler "prince". Puis, une idée germant dans son esprit, son visage sillumina.
_ Tu es vraiment prête à y renoncer pour moi ?
_ Oui ! Vraiment !
Répondit-elle, mettant dans ses mots toute la conviction dont elle était capable.
Il lui sourit alors, et lui tendit la main. Elle la saisit, le cur gonflé de joie.
***
Tout un attroupement de pêcheurs se formait autour du jeune homme.
_ Quelle merveilleuse prise tu as fait là ! Dis un vieux pêcheur édenté.
_ Cton père qui va ête fier !
Des jours qutavais rien ramné ! Et tout à coup, cte bête ! Fit un deuxième, en désignant limmense poisson que venant de hisser le jeune homme sur le quai.
Où plutôt, le demi-poisson.
_ Dommage quil manque la tête !
Cette bête devait être énorme !
_ Je sais, cest dommage, mais elle ma donné tellement de mal, que je mestime déjà heureux davoir ramené ça.
Et puis la tête était tellement affreuse, quon aurait rien pu en tirer. Elle
aurait effrayé vos femmes ! Répondit le nouveau pêcheur, triomphant.
Il était fier de lui. Quelle aubaine sétait présentée à lui ! Après ça, il naurait jamais plus à aller pêcher. Certes, il avait bien pensé à ramener la créature en entier, mais cela naurait pas satisfait son père. Le connaissant, il aurait même exigé de lui quil la relâche. Et puis de nos jours, plus personne de croyait aux sirènes !
***
Quelques jours plus tard, on retrouva un buste de femme terriblement mutilé sur la plage, en un endroit isolé. Le bas de son corps avait été arraché au niveau de la taille. La pauvre innocente navait pas dû mourir sur le coup. Elle avait laissé une trainée dans le sable, rougie de son sang, qui laissait supposer quelle avait rampé péniblement sur quelques mètres, dans un réflexe de survie. Ironie du sort, même si elle avait pût aller plus loin, elle se serait noyé, car cest en direction de la mer quelle sétait trainée, et non pas en direction des habitations.
Elle était totalement inconnue au village. On ne sut jamais qui elle était. On supposa quelle avait été victime du monstre marin que le fils du négociant-commerçant en poisson avait pêché plus tôt. Imaginer quil avait ainsi sûrement sauvées de la gueule du monstre dhypothétiques futures victimes ajouta encore à son prestige.
Après cet incident, il put enfin prendre la succession de son père, comme il le désirait, ayant reçu lapprobation et même les félicitations de celui-ci.
Quelques temps plus tard, profitant de sa réputation et de sa fortune grandissante grâce à ses nouvelles méthodes de négoce, il épousa une jeune noble désargentée, gagnant ainsi des lettres de noblesse, et des armoiries. Sur celles-ci figurait une sirène, souvenir dune vieille légende qui survivait dans la famille de son épouse. On racontait quune jeune sirène serait morte damour pour un de leurs ancêtres.
Grâce à sa nouvelle noblesse, il put encore étendre son commerce et augmenter sa fortune.
Il vécut alors heureux, et vécut longtemps.
Fin
Mais c'est super bien écrit n’empêche.
Tant mieux si tu n'as pas venu venir la fin, c'est que j'ai réussi mon coup.^^ C'est important de le savoir, vu que toute l'histoire repose là-dessus.
En tt cas, j'aime vraiment beaucoup comment tu écris!
Terrible. Vaut mieux pas raconter vos histoires aux gosses.
Quoiqu'en terme d'éducation, on ne peut sans doute pas faire mieux xD
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"The difference between intelligence and stupidity?
Well,it's obvious:
unlike stupidity,intelligence's got limits"
La fin est très original et on apprend bien a haïr le genre humain de cette façon. J'ai hâte de lire d'autres textes de ce genre.
J'ai écris d'autres contes. Il ne me reste qu'à les poster dans le club.^^